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Jeu. 15 octobre 2026·10 min de lecture

đŸ”„ Superphenix : un cloud complet sur ton propre matĂ©riel

Schéma Superphenix : tes serveurs hébergent une stack VMs, réseau, stockage, KaaS et console, organisée en AZ, organisations et projets, synchronisée par ArgoCD et bùtie sur Talos, KubeVirt, Kube-OVN, Ceph, Rook et Cilium

📚 Introduction

Depuis le rachat de VMware par Broadcom, beaucoup d’équipes infra font le mĂȘme calcul : les licences grimpent, le matĂ©riel reste le mĂȘme, et la dĂ©pendance Ă  un Ă©diteur unique devient un risque business. Les alternatives existent. Proxmox VE couvre trĂšs bien la virtualisation, KubeVirt fait entrer les VMs dans Kubernetes. Mais il manque souvent la couche au-dessus : le multi-tenant, les VPC, les quotas, une console, du Kubernetes as a Service pour les clients.

C’est exactement le trou que veut combler Superphenix. Le projet vient d’ĂȘtre ouvert sous licence Apache 2.0, et il ne sort pas d’un labo. Il est nĂ© des besoins d’un opĂ©rateur cloud en production, et il fait aujourd’hui tourner le cloud public d’Agora CalycĂ©, un CSP français. Il est maintenu par Rayshift, l’entreprise de l’équipe qui l’a conçu.

🔍 Qu’est-ce que Superphenix, concrùtement ?

Une stack cloud complÚte à poser sur tes propres serveurs. Kubernetes y joue le rÎle de plan de contrÎle, et tout le reste (machines virtuelles, disques, réseaux, clusters Kubernetes clients) devient une ressource gérée par ce plan.

Le README rĂ©sume l’offre par couches :

CoucheCe qui est fourni
HyperviseurVMs avec migration Ă  chaud, snapshots, autoscaling des noeuds
StockageBloc, fichier et objet compatible S3, avec réplication et reprise
RéseauVPC, NAT gateways, BGP, load balancers, QoS, security groups
PaaSKubernetes as a Service pour les clusters des tenants
SaaSServices prĂȘts Ă  l’emploi (annoncĂ©s, pas encore livrĂ©s)
ConsoleInterface web multi-tenant couvrant toutes les AZ et régions
Cycle de vieInstallation, mises à jour et provisionnement pilotés en GitOps

Console Superphenix : tableau de bord de l'infrastructure et des opérations

Ce qui me plaĂźt, c’est le choix de ne rien rĂ©inventer. Superphenix assemble des projets CNCF et open source que je connais et en qui j’ai confiance, puis ajoute la couche produit qui leur manque.

đŸ§± Une architecture bĂątie sur des briques connues

Sous le capot, la documentation cite des projets solides :

  • Talos Linux pour l’OS des noeuds. C’est la seule base officiellement supportĂ©e.
  • KubeVirt pour faire tourner les instances : chaque VM est une ressource Kubernetes, comme je le dĂ©taille dans mon article sur KubeVirt.
  • Kube-OVN, Multus CNI et Cilium pour le rĂ©seau software-defined (VPC, subnets, elastic IPs).
  • Ceph, orchestrĂ© par Rook, pour le stockage bloc et objet.
  • ArgoCD pour synchroniser la stack, dans la logique que je dĂ©crivais pour ArgoCD sur k3s.

EmpilĂ©es, ces briques forment des couches nettes. Talos et Kubernetes en bas, les projets open source au milieu, et en haut les services qu’un tenant consomme depuis la console :

La stack Superphenix en couches : matériel, Talos Linux, Kubernetes, puis KubeVirt, Kube-OVN avec Multus et Cilium, Rook avec Ceph, et au-dessus les services compute, réseau, stockage, KaaS et la console multi-tenant, le tout déployé par le superphenix-operator et ArgoCD

Le modĂšle d’organisation reprend celui des clouds publics. Un cluster Superphenix est un cluster Kubernetes. Plusieurs clusters forment une zone de disponibilitĂ© (AZ), qui sert de domaine de panne. Les AZ se regroupent en rĂ©gions, une simple Ă©tiquette d’organisation. CĂŽtĂ© clients, deux niveaux : des organisations qui contiennent des projets, et c’est au niveau du projet que s’appliquent les rĂŽles et les quotas. Un mĂȘme projet peut avoir des VMs dans plusieurs AZ.

ModÚle multi-tenant de Superphenix : des utilisateurs membres d'une organisation, qui contient des projets portant rÎles et quotas, avec des ressources réparties sur plusieurs AZ et répliquées pour la reprise

La doc prĂ©cise un point que j’apprĂ©cie : une AZ Ă©tirĂ©e sur plusieurs datacenters n’a de sens qu’avec environ 2 ms de latence aller-retour entre sites, ou moins. En pratique, deux salles d’un mĂȘme campus ou deux points de prĂ©sence dans la mĂȘme mĂ©tropole. Au-delĂ , il vaut mieux crĂ©er des AZ sĂ©parĂ©es.

đŸ§© HyperconvergĂ© ou dĂ©couplĂ© : quel mode choisir ?

HyperconvergĂ© pour dĂ©marrer et grandir en ajoutant des serveurs, dĂ©couplĂ© quand la performance ou le partage du stockage priment. Le choix se fait AZ par AZ, avant l’installation.

Topologies Superphenix : un plan de management qui pilote une AZ hyperconvergĂ©e, oĂč virtualisation, rĂ©seau et stockage partagent un cluster, et une AZ dĂ©couplĂ©e, avec un cluster de stockage Ceph et deux clusters workload

Le mode hyperconvergé

Stockage et calcul partagent les mĂȘmes noeuds, dans un seul cluster. Chaque serveur apporte Ă  la fois ses disques Ă  Ceph et son CPU Ă  KubeVirt. C’est le modĂšle le plus simple Ă  installer et Ă  maintenir, et le moins cher, puisque le matĂ©riel est mutualisĂ©. Pour grandir, on ajoute des serveurs et la capacitĂ© de stockage suit celle de calcul.

Le revers, c’est la contention. Ceph et les VMs se disputent les mĂȘmes CPU, la mĂȘme RAM et le mĂȘme rĂ©seau, surtout pendant une reconstruction aprĂšs une panne de disque. La doc le recommande pour les preuves de concept, les dĂ©ploiements Ă  une seule AZ et les Ă©quipes qui veulent croĂźtre horizontalement. C’est aussi le mode du lab de dĂ©marrage.

Le mode découplé

Le stockage vit sur des clusters dĂ©diĂ©s, les VMs sur d’autres clusters « workload » qui consomment ces volumes. Chaque cluster est dĂ©clarĂ© avec deploymentTopology: Decoupled et un type qui vaut Storage ou Workload. Plusieurs clusters workload, dans des racks ou des sites diffĂ©rents, peuvent se brancher sur le mĂȘme stockage.

Il faut deux fois plus de clusters, donc plus de matĂ©riel et plus d’exploitation. En Ă©change, chaque tier a son matĂ©riel, on dimensionne stockage et calcul sĂ©parĂ©ment, et rien ne se marche dessus. C’est le mode que la doc conseille en production pour les environnements chargĂ©s ou quand il faut une frontiĂšre de sĂ©curitĂ© nette entre stockage et calcul. Il facilite aussi le partage du stockage entre plusieurs AZ : des AZ hyperconvergĂ©es voisines peuvent consommer le stockage l’une de l’autre, mais seulement si la latence et le rĂ©seau le permettent. Et c’est le mode que la doc retient pour partager le stockage avec des systĂšmes extĂ©rieurs, comme un cluster VMware en cours de migration.

CritÚreHyperconvergéDécouplé
Installation et maintenancesimples, un clusterplus lourdes, deux fois plus de clusters
Coûtfaible, matériel mutualiséplus élevé, matériel dédié par tier
Montée en chargeon ajoute des serveurs, tout granditstockage et calcul grandissent séparément
Performanceressources partagéesmatériel dédié, sans contention
Stockage partagĂ©en gĂ©nĂ©ral un stockage par AZun mĂȘme stockage pour plusieurs AZ ou systĂšmes

Et le plan de management ?

Un second choix se combine au premier : oĂč tourne le plan de management (console, GitOps, installation et mises Ă  jour). Il peut vivre dans une AZ, sur le mĂȘme cluster que les workloads, ce qui est simple mais fait de cette AZ un point de dĂ©faillance unique si elle en pilote d’autres. Ou Ă  part, sur un cluster dĂ©diĂ© qui peut mĂȘme tourner chez un autre fournisseur : plus de travail, mais un point neutre pour orchestrer plusieurs AZ et basculer plus facilement. La doc le conseille dĂšs qu’on passe Ă  plusieurs AZ.

Les deux choix donnent quatre combinaisons. La plus simple, « fully integrated », met tout sur un cluster. La plus robuste, « fully decoupled », sĂ©pare stockage, calcul et management. Une prĂ©cision qui compte : on peut mĂ©langer des AZ hyperconvergĂ©es et dĂ©couplĂ©es sous le mĂȘme management, mais on ne peut pas passer une AZ d’un mode Ă  l’autre aprĂšs coup. La doc qualifie ce chemin de non supportĂ©. DĂ©placer le plan de management, en revanche, reste une procĂ©dure prĂ©vue.

đŸ› ïž Ce qu’on peut en faire

CÎté compute, une instance va de 1 à 32 vCPU et de 1 à 64 Go de RAM, avec BIOS ou UEFI, Secure Boot, vTPM 2.0, cloud-init, et une console série ou VNC dans le navigateur. Le stockage gÚre disques, snapshots copy-on-write, politiques de sauvegarde et réplication asynchrone entre zones, plus un stockage objet S3.

La partie la plus intĂ©ressante pour moi reste le KaaS. Un tenant crĂ©e son cluster Kubernetes, dont les noeuds sont des pools de VMs branchĂ©s sur ses VPC, avec CNI et CSI intĂ©grĂ©s Ă  la plateforme. Les workers se migrent Ă  chaud comme n’importe quelle instance, et chaque version de Superphenix supporte trois versions mineures de Kubernetes. Pour un hĂ©bergeur, c’est l’offre « Kubernetes managĂ© » sans dĂ©pendre d’un hyperscaler.

🚀 Installer un premier lab

Le guide officiel part du cas le plus simple : 3 noeuds, une AZ, en hyperconvergĂ©, le management sur le mĂȘme cluster, un switch et un VLAN Ă  plat. Il te faut talosctl, Helm, kubectl et curl, une plage IPv4 rĂ©servĂ©e aux NAT gateways et aux elastic IPs, et un nom de domaine pour la console (nip.io dĂ©panne en lab).

On démarre les noeuds sous Talos, puis on génÚre leur configuration :

talosctl gen config spx-local https://<api-endpoint>:6443

Le controlplane.yaml gĂ©nĂ©rĂ© ne convient pas tel quel : il faut l’éditer avant de l’appliquer. Superphenix installe lui-mĂȘme le CNI et CoreDNS, et ce lab Ă  3 noeuds fait aussi tourner les workloads sur les control planes. Le cƓur des changements :

cluster:
  allowSchedulingOnControlPlanes: true
  network:
    cni:
      name: none
  coreDNS:
    disabled: true

Le guide ajoute d’autres rĂ©glages indispensables : les sous-rĂ©seaux pods et services, le feature gate MutatingAdmissionPolicy sur l’API server et le controller manager, le module noyau openvswitch et une interface externe nommĂ©e ext0 sur chaque noeud. Copie le fichier complet depuis le guide de dĂ©marrage plutĂŽt que de le réécrire, puis applique-le et initialise le cluster :

talosctl apply-config --insecure --nodes <node-ip> --file controlplane.yaml
talosctl bootstrap --nodes <first-control-plane-ip>
talosctl kubeconfig .
kubectl get nodes

Puis on dĂ©ploie l’opĂ©rateur via son chart OCI, avec un values.yaml qui dĂ©crit la topologie, les domaines et le subnet externe :

OPERATOR_VERSION="$(curl -fsSL -o /dev/null -w '%{url_effective}' https://github.com/super-phenix/superphenix/releases/latest | sed 's#.*/v##')"
helm install superphenix-operator \
	"oci://ghcr.io/super-phenix/charts/superphenix-operator:${OPERATOR_VERSION}" \
	--namespace superphenix-system \
	--create-namespace \
	-f values.yaml

L’opĂ©rateur installe ensuite ArgoCD, qui synchronise le reste de la stack.

🎯 Qui l’utilise dĂ©jĂ  ?

Le dĂ©pĂŽt tient un fichier ADOPTERS.md qui rĂ©pond noir sur blanc. Trois organisations y figurent aujourd’hui :

OrganisationTypeUsage déclaré
RayshiftÉditeurL’entreprise oĂč Superphenix a Ă©tĂ© créé, qui en assure le support entreprise
Agora CalycĂ©UtilisateurCSP français qui s’appuie sur Superphenix pour son infrastructure de cloud public
KerciaUtilisateurSpécialiste français du vote électronique, qui en a fait sa plateforme de cloud privé principale

La liste est courte, et c’est normal pour un projet qui vient d’ouvrir son code. Elle couvre pourtant les deux usages visĂ©s par le README : un opĂ©rateur qui vend du cloud public Ă  ses clients, et une entreprise qui hĂ©berge ses propres applications critiques sur un cloud privĂ©. Le vote Ă©lectronique n’est pas le mĂ©tier oĂč l’on choisit sa plateforme Ă  la lĂ©gĂšre.

Le fichier est aussi une porte d’entrĂ©e : si tu fais tourner Superphenix, une pull request suffit pour t’y ajouter.

🏱 Et Rayshift dans tout ça ?

Superphenix reste open source et auto-hébergeable par défaut. Rayshift, fondée par les créateurs du projet, vend la version industrialisée : releases qualifiées, support avec SLA, réponse aux incidents, réversibilité contractuelle, et accompagnement sur la migration depuis VMware, la conformité ou le réseau avancé. La cible affichée, ce sont les MSP et opérateurs cloud européens.

Le modĂšle me paraĂźt sain. Un projet d’infrastructure critique a besoin d’une entreprise qui en vit, et le fait que le cƓur soit sous Apache 2.0 limite le risque de se retrouver enfermĂ© Ă  nouveau.

⚠ Quelques prĂ©cautions

  • Projet jeune en open source. La doc le dit elle-mĂȘme : elle est encore en construction. PrĂ©vois de lire les sources et de passer sur le Slack.
  • Talos, et pas n’importe quelle version. Le guide exige Talos 1.12.6 ou antĂ©rieur : les versions plus rĂ©centes touchent un bug du noyau Linux qui casse le SDN.
  • NAT gateway et noeud hĂŽte. À cause d’une limite de macvlan, le trafic d’une NAT gateway vers une adresse du noeud qui l’hĂ©berge est perdu. Mets un load balancer devant les noeuds plutĂŽt que de pointer le DNS de la console sur un seul.
  • Ceph a ses exigences. En hyperconvergĂ©, dimensionne les machines pour Ceph plus l’hyperviseur, avec de la marge pour la reconstruction. Sur des disques lents, la doc propose local-path, rĂ©servĂ© au debug.
  • Le SaaS n’est pas encore lĂ . Le DBaaS et les services prĂȘts Ă  l’emploi sont annoncĂ©s « soon ».

🎉 Conclusion

Superphenix ne remplace pas Proxmox pour un homelab de deux machines. Si tu veux un vrai cloud multi-tenant, avec VPC, quotas, KaaS et GitOps, sur ton matĂ©riel et sans licence propriĂ©taire, c’est le projet le plus complet que je connaisse dans ce crĂ©neau. Il s’appuie sur KubeVirt, Ceph et Kube-OVN plutĂŽt que sur du code maison.

Je te conseille de monter le lab à 3 noeuds pour te faire une idée, puis de regarder du cÎté de Rayshift si tu vises la production sur des charges critiques.

🔗 Liens utiles

/faq

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Superphenix ?

+

Superphenix est une plateforme open source sous licence Apache 2.0 pour construire son propre cloud (IaaS, PaaS, puis SaaS) sur son matériel. Kubernetes sert de plan de contrÎle, et les VMs, le stockage, le réseau et les services managés tournent comme des charges de premier plan au-dessus.

Sur quelles briques open source repose Superphenix ?

+

D'aprÚs la documentation officielle : Talos Linux pour l'OS des noeuds, KubeVirt pour les machines virtuelles, Kube-OVN, Multus et Cilium pour le réseau, Ceph piloté par Rook pour le stockage, et ArgoCD pour le déploiement GitOps.

Quel est le rĂŽle de Rayshift dans Superphenix ?

+

Rayshift est l'entreprise créée par l'équipe qui a construit Superphenix. Elle propose une version commerciale avec des releases qualifiées, du support avec SLA, de l'aide à la migration depuis VMware et de l'accompagnement à la mise en production. Le projet open source reste utilisable sans elle.

Superphenix hyperconvergé ou découplé, lequel choisir ?

+

L'hyperconvergĂ© met stockage Ceph et VMs sur les mĂȘmes noeuds : simple, peu coĂ»teux, idĂ©al pour un PoC ou une AZ unique. Le dĂ©couplĂ© sĂ©pare un cluster de stockage et des clusters workload : plus lourd, mais plus performant, et il facilite le partage du stockage entre plusieurs AZ. Le choix se fait par AZ, avant l'installation, car passer de l'un Ă  l'autre n'est pas supportĂ©.

Qui utilise Superphenix en production ?

+

Le fichier ADOPTERS.md du dépÎt cite Agora Calycé, un CSP français qui s'appuie sur Superphenix pour son cloud public, et Kercia, spécialiste du vote électronique, qui en a fait sa plateforme de cloud privé principale. Rayshift y figure comme éditeur.

Quel matériel faut-il pour tester Superphenix ?

+

Le guide de démarrage décrit un lab de 3 noeuds en topologie hyperconvergée, une seule zone de disponibilité, sur un switch et un VLAN à plat, avec une plage IPv4 réservée aux NAT gateways et aux elastic IPs.